Retour sur la rencontre nationale « Agir sur la mobilité pour lutter contre la pauvreté », du 21 mai 2026

Le 21 mai, Le LMI participait à la rencontre nationale “Agir sur la mobilité contre la pauvreté” organisée par la Délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté (DIPLP) au ministère des Solidarités. Au cours de cette journée, de nombreux échanges et témoignages ont eu lieu avec les acteurs associatifs, publics, privés et des bénéficiaires de la mobilité inclusive.
Cette rencontre nationale, organisée par la DIPLP le 21 mai, a réuni une multitude d’acteurs publics, associatifs et privés pour croiser les regards et partager les enjeux du secteur de la mobilité inclusive.
Une ouverture pour poser les grands chiffres de la mobilité et le regard des personnes concernées
En ouverture, Sébastien Bailleul, porte-parole de Wimoov, a rappelé plusieurs enseignements du Baromètre de la mobilité du quotidien : près de 15 millions de personnes sont aujourd’hui en situation de précarité mobilité.
Les témoignages de Bruno Podevin et d’Adelaïde Tcheutgnia Tatchi, délégués du Conseil National des Personnes Accompagnées (CNPA), ont illustré les conséquences concrètes de ces difficultés : isolement, renoncement à l’emploi, aux soins ou encore au lien social. Les échanges ont également rappelé que les difficultés de mobilité concernent tous les territoires (ruraux, périurbains et urbains).
Ainsi, les enjeux majeurs du secteur sont de mieux faire connaître les aides existantes et de cibler les bons publics à accompagner.
Comment penser la mobilité pour qu’elle profite à toutes et tous ?
Cette question était au coeur de la première table ronde, qui réunissait les acteurs suivants :
- Céline Mouvet, Adjointe au sous-directeur, coordinatrice mobilités à la Direction Générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités (DGITM)
- Pascal Grand, Directeur de Mob’In
- Alexandre Fabry, Directeur de projet Politiques territoriales de mobilité du Cerema
- Fabrice Sirop, Directeur de Artois Mobilité
Les échanges ont permis de revenir sur les ambitions de la Loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019, qui a marqué une étape importante dans la prise en compte des enjeux d’inclusion et d’égalité d’accès à la mobilité. Parmi les avancées mises en avant figure notamment le déploiement des Plans d’action en faveur de la mobilité solidaire (PAMS), destinés à mieux répondre aux besoins des personnes rencontrant des difficultés de déplacement.
Les intervenants ont souligné qu’il n’existe pas de solution unique, ainsi plusieurs leviers de réussite ont été mis en avant :
- renforcer la coopération entre acteurs (collectivités, associations, services de l’Etat,etc.)
- développer des solutions adaptées localement ;
- accompagner les bénéficiaires dans l’apprentissage de la mobilité.
Le programme TIMS (70 territoires accompagnés) illustre cette dynamique de pilotage, en soutenant des porteurs de projets locaux et en favorisant l’émergence d’une culture commune et de coopérations renforcées.
Le fonctionnement du secteur de la mobilité solidaire repose sur le principe du diagnostic et du conseil individualisé. Cette approche doit inspirer plus largement les politiques de mobilité afin de proposer des réponses plus adaptables et inclusives.
Enfin, les échanges ont mis en avant l’intérêt de développer davantage des démarches d’« aller vers ». L’objectif est de rapprocher les services des publics qui en ont besoin, en intervenant directement sur les lieux de vie afin de lever les freins à l’accès à la mobilité et de toucher les personnes les plus éloignées des dispositifs existants.
Au-delà des solutions techniques, cette table ronde a rappelé qu’une mobilité véritablement inclusive repose avant tout sur la coopération, la proximité et la capacité à s’adapter aux besoins de chacun.
Mais pour que ces solutions puissent se développer et s’inscrire dans la durée, une autre question se pose : comment les financer ? C’est précisément l’enjeu abordé lors de la deuxième table ronde consacrée aux modèles économiques d’une politique locale de mobilité véritablement inclusive.
Le Laboratoire de la mobilité inclusive est intervenu cette occasion, lors de la seconde table ronde : Quels modèles économiques possibles pour une politique locale de mobilité véritablement inclusive ?
Francis Demoz, Délégué général du Laboratoire de la Mobilité Inclusive, est intervenu au côté de :
- Guillaume Florenson, Porte-parole de la Filière Française de la Mobilité Inclusive, Solidaire et Durable
- Anne Terlez, Vice-présidente de Intercommunalités de France en charge de la cohésion sociale
- Vincent Lemaître, Chef de projet Mamobilité62 au conseil départemental du Pas de Calais
Ainsi, nous avons rappelé les grands enseignements de notre étude sur le financement de la mobilité inclusive, publiée en novembre 2025. Celle-ci dresse un panorama du secteur : environ 150 millions d’euros de budget annuel pour accompagner près de 200 000 bénéficiaires, et un écosystème d’environ 350 acteurs associatifs.
Il a été souligné que la recherche de financements reste particulièrement chronophage et nécessite une ingénierie importante, ce qui pose la question du rôle des structures intermédiaires et de la lisibilité globale du secteur.
Dans ce contexte, la FFMISD (Filière Française de la Mobilité Inclusive, Solidaire et Durable) met en avant la complexité de l’écosystème et la nécessité de rendre l’ensemble plus lisible. L’enjeu est également d’inscrire durablement la mobilité solidaire dans les politiques publiques afin de lui permettre de changer d’échelle et de s’intégrer pleinement à la trajectoire globale des mobilités.
Les échanges ont également porté sur la diversité des sources de financement mobilisables : versement mobilité, fonds verts, Fonds social européen (FSE), mécénat, fondations ou encore dons en nature. Cette pluralité conduit à des modèles économiques hybrides.
Enfin, des outils comme l’Observatoire des PAMS ont été évoqués pour valoriser les bonnes pratiques et identifier des modèles économiques plus pérennes.
Evaluer l’impact des politiques de mobilité sur le parcours des personnes
Après avoir interrogé les conditions de financement de la mobilité inclusive, la troisième table ronde s’est intéressée à une autre question essentielle : comment mesurer l’impact réel de ces politiques sur la vie des personnes accompagnées ? Elle réunissait :
- Alexandre Rutecki, Directeur du Microcrédit Personnel de l’ADIE
- Un jeune accompagné par la Mission Locale de Cergy
- Charlotte Le Gouzouguec, Chargée de projet levée des freins à l’insertion au conseil départemental de Loire Atlantique
- Chrystèle Marionneau, Commissaire à la lutte contre la pauvreté de la région Pays de la Loire
L’évaluation d’impact ne doit pas se limiter à des indicateurs de résultat, mais s’inscrire dans une lecture globale des parcours. L’enjeu est de mieux comprendre à qui s’adressent réellement ces politiques et quels effets elles produisent pour les bénéficiaires. Les intervenants ont rappelé l’importance de mesurer non seulement les effets directs de l’accompagnement (retour à l’emploi, accès à la formation) mais aussi ses impacts plus larges sur l’accès aux soins, aux loisirs ou au lien social.
Plusieurs pistes méthodologiques ont été évoquées, notamment la nécessité d’intégrer des approches qualitatives. Il s’agit de partir des besoins réels des personnes, puis de mesurer les effets sur l’insertion, tout en tenant compte des différences territoriales et de la nécessité d’un accompagnement dans la durée.
Cette réflexion s’inscrit dans les travaux menés au sein du Laboratoire de la Mobilité Inclusive, notamment à travers la publication de l’étude « Pourquoi et comment évaluer les impacts de la mobilité inclusive ? ». Cette dernière rappelle que la mobilité inclusive est créatrice de valeur sur les territoires, à condition de pouvoir en démontrer les effets.
La transition écologique et la mobilité
Au cours de cette journée, des questions ont été soulevées par la salle concernant les différents publics accompagnés et leur potentielle marginalisation (les femmes, les personnes à la rue, les personnes en situation de handicap), mais également sur la prise en compte de la transition écologique.
Daphné Chamard-Tierlinck, responsable Transition au Secours Catholique, est intervenue lors d’un focus consacré aux liens entre transition écologique et mobilité.
Les échanges ont rappelé que les personnes les plus précaires sont souvent les plus touchées par les conséquences de la transition écologique, tout en étant parmi les plus éloignées des dispositifs d’accompagnement. La question de l’accès aux dispositifs comme le leasing social, mais aussi celle de l’accès à l’information pour les publics les plus fragiles, ont notamment été soulevées.
Une journée de réflexion et d’échanges sur les enjeux de la mobilité
En conclusion, Anne Rubeinstein, Déléguée interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, a rappelé l’importance de la construction universelle des sujets de mobilité, de l’omniprésence de la mobilité dans les questions de politiques publiques et de mobiliser les acteurs du secteur économique afin d’optimiser les services.






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