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Véhicule électrique : quels enjeux d’accessibilité ? – par Aurélien Bigo

28 juillet 2026
Véhicule électrique : quels enjeux d’accessibilité ? – par Aurélien Bigo

Le développement de la voiture électrique s’accompagne de plusieurs enjeux en matière d’accessibilité : prix d’achat, coût des batteries, coût d’usage ou encore développement du marché de l’occasion. À l’occasion du comité scientifique du Laboratoire de la Mobilité Inclusive de juin 2026, le chercheur sur la transition énergétique des transports Aurélien Bigo a présenté les principaux facteurs qui influencent l’accessibilité du véhicule électrique et les perspectives d’évolution du marché.

Le développement de la voiture électrique s’accompagne de plusieurs enjeux en matière d’accessibilité. Parmi ces enjeux, le coût des batteries joue un rôle central.

Des batteries moins chères, mais encore déterminantes dans le prix des véhicules 

Le prix des batteries constitue l’un des principaux leviers pour réduire le coût des véhicules électriques. En dix ans, leur coût a été divisé par quatre et poursuit une tendance à la baisse.

Plusieurs facteurs expliquent ces évolutions. La chimie utilisée joue notamment un rôle important. Les batteries NMC, plus denses énergétiquement, permettent une meilleure autonomie, tandis que les batteries LFP, moins dépendantes du cobalt et du nickel, sont moins coûteuses. Les LFP sont aujourd’hui largement répandues en Chine, où elles représentent plus de 80 % du marché.

Le lieu de production et le développement des gigafactories influencent également les coûts. 

Enfin, la taille de la batterie constitue un facteur déterminant : plus elle est importante, plus son prix augmente. Le type de véhicule et les besoins d’autonomie ont donc un impact direct sur le prix final.

Un marché du neuf encore largement inaccessible aux ménages modestes 

Malgré la baisse du coût des batteries, le marché des véhicules électriques neufs reste principalement porté par les entreprises et les ménages les plus aisés. La part des ménages modestes dans les achats de véhicules neufs continue de diminuer, alors même que les prix progressent fortement.

Le prix moyen des voitures neuves a augmenté d’environ 30 % entre 2019 et 2025. Cette hausse s’inscrit dans une dynamique structurelle : les volumes de ventes restent durablement inférieurs à leur niveau d’avant-crise et le marché du neuf s’est progressivement éloigné des ménages aux revenus les plus modestes.

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation. Les coûts de production ont progressé avec la hausse des salaires et des matières premières après la crise sanitaire. Le mix énergétique évolue également vers des motorisations plus coûteuses. Enfin, les constructeurs privilégient davantage les véhicules grands, lourds et mieux équipés, au détriment des modèles d’entrée de gamme.

L’électrique devient pourtant de plus en plus compétitif 

La comparaison entre les différentes motorisations dépend fortement des segments de marché. Sur les segments A et B, qui correspondent aux véhicules les plus petits et les plus accessibles, les modèles électriques restent généralement plus chers à l’achat que leurs équivalents thermiques.

À l’inverse, sur le segment D, qui regroupe des véhicules plus grands et haut de gamme, les modèles électriques peuvent désormais être moins coûteux que les modèles thermiques équivalents.

Les aides publiques et le faible coût d’usage permettent également de réduire l’écart. Le véhicule électrique est souvent plus cher à l’achat, mais ses dépenses d’énergie et d’entretien sont généralement plus faibles. Si l’on prend en compte l’ensemble des coûts sur la durée de vie du véhicule, l’électrique devient ainsi plus compétitif.

Sur le marché de l’occasion, le véhicule électrique apparaît même comme la solution la moins coûteuse.

Le poids et l’autonomie : deux facteurs clés du prix 

Le prix d’un véhicule électrique varie fortement selon ses caractéristiques, notamment son poids et son autonomie.

Plus un véhicule est lourd, plus il est coûteux. Une augmentation de 100 kg correspond ainsi en moyenne à une hausse d’environ 3 000 € du prix d’achat. L’autonomie joue également un rôle déterminant : un gain de 100 km représente en moyenne un surcoût d’environ 10 000 €.

Ces chiffres invitent à interroger les attentes des consommateurs en matière d’autonomie. Les trajets longue distance restent occasionnels pour la plupart des usagers, alors même que les véhicules sont souvent conçus pour répondre à ces besoins ponctuels.

La recherche d’une très grande autonomie contribue donc à augmenter le poids et le prix des véhicules. Des véhicules plus légers, avec des batteries adaptées aux usages réels, pourraient constituer un levier important pour rendre l’électrique plus accessible.

Les flottes d’entreprises et des administrations accélèrent leur transition

Après avoir été initialement portées par les particuliers, les ventes de véhicules électriques connaissent désormais une forte accélération du côté des entreprises et des administrations.

Cette évolution s’explique principalement par les changements de fiscalité et les obligations de verdissement des flottes. Les hybrides rechargeables reculent progressivement au profit des véhicules 100 % électriques.

Cette électrification des flottes représente également un enjeu pour le marché de l’occasion. Les véhicules acquis aujourd’hui par les entreprises et les administrations pourront progressivement alimenter le marché de seconde main et permettre aux ménages qui ne peuvent pas acheter un véhicule neuf d’accéder à l’électrique.

Le marché de l’occasion, un levier pour l’accessibilité

Le marché de l’occasion constitue donc l’un des principaux leviers pour démocratiser le véhicule électrique. Si le neuf reste largement inaccessible aux ménages modestes, l’occasion permet de réduire considérablement le coût d’acquisition.

Ce marché se développe progressivement, mais encore lentement. L’enjeu est donc d’accélérer son développement afin que l’électrification des véhicules ne bénéficie pas uniquement aux ménages et aux entreprises les plus aisés.

Le verdissement des flottes constitue à ce titre un levier important : en augmentant le nombre de véhicules électriques mis en circulation aujourd’hui, il permet d’alimenter demain le marché de l’occasion.

Quelles perspectives pour une mobilité électrique inclusive ?

La voiture électrique devient progressivement plus accessible. La baisse du prix des batteries, les coûts d’usage plus faibles, l’élargissement de l’offre des constructeurs et le développement du marché de l’occasion constituent des évolutions favorables. Des modèles à moins de 25 000 € commencent également à apparaître, tandis que les aides publiques contribuent à réduire le coût d’achat.

Mais plusieurs obstacles demeurent. Le marché du neuf reste structurellement inaccessible aux ménages modestes, les constructeurs continuent de privilégier des véhicules plus grands et plus lourds et le marché de l’occasion se développe encore trop lentement.

Plusieurs leviers peuvent donc être mobilisés : maintenir et, si nécessaire, recalibrer les aides publiques ; accélérer le verdissement des flottes d’entreprises et des administrations ; soutenir le développement du marché de l’occasion ; mais aussi inciter les constructeurs à proposer des véhicules plus légers et plus accessibles.

Au-delà de la seule voiture électrique, c’est finalement l’ensemble des politiques de mobilité qu’il faut interroger. 

Ressources utiles :

  • Bon Pote, Aurélien Bigo, avril 2026 « Tout savoir sur les batteries des véhicules électriques» 
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