La marche, un enjeu de mobilité inclusive – Jean-Marc Offner

La marche est partout, tout le temps, au cœur de nos vies quotidiennes. Pourtant, elle demeure étonnamment absente des politiques publiques de mobilité. À l’occasion du comité scientifique du Laboratoire de la Mobilité Inclusive de juin 2026, l’urbaniste Jean‑Marc Offner a proposé une lecture renouvelée de la place du piéton dans nos sociétés. Ses réflexions invitent à reconsidérer la marche comme un enjeu de santé publique, d’urbanité et de mobilité inclusive.
Nous passons l’essentiel de notre temps à marcher ou à utiliser une voiture, mais les politiques de transport se concentrent principalement sur les transports collectifs et le vélo. La marche demeure peu visible dans l’agenda politique, alors même qu’elle constitue un enjeu central. Elle illustre une forme d’invisibilité paradoxale dans les politiques de transport
Pourquoi faudrait-il s’occuper du piéton et de la marche ?
La marche peut être considérée comme la « cellule souche » de la mobilité .Quel que soit le mode utilisé, chaque trajet inclut un moment de marche. Les transports ne sont, au fond, que des facilitateurs de marche, des outils permettant d’étendre ou de compléter cette pratique fondamentale.
La marche comme fonction sociale : principe d’urbanité
Pour Jean-Marc Offner, le piéton est considéré comme la cellule souche de l’urbanité. L’urbanité est la capacité d’être en interactions légères avec les autres, dans l’espace public. En tant que marcheur, nous sommes amenés à rencontrer des personnes différentes de soi, ce qui favorise l’altérité et qui permet le « vivre ensemble ».
Cette fonction sociale de la marche suppose toutefois des espaces publics diversifiés et non monofonctionnels. À l’inverse, des espaces uniformes réduisent la diversité des rencontres et donc la qualité de l’urbanité.
Le piéton, cellule souche de la santé
La marche apparaît comme une réponse aux enjeux de santé globale (physique, psychologique et intellectuelle) et de santé publique. Elle représente un levier efficace de lutte contre la sédentarité pour toutes les générations (personnes âgées, enfants, jeunes).
Celle-ci offre une relation directe à l’environnement et une expérience sensorielle spécifique, difficilement accessible par d’autres modes de déplacement.
L’invisibilisation de la marche
En France, il n’existe pas de véritable politique de la marche.
Plusieurs facteurs expliquent cette invisibilisation. Dans un premier temps, les statistiques disponibles sont réductrices : il est difficile de disposer de données précises sur les ménages ou sur les distances réellement parcourues, faute d’enquêtes adaptées. Les expertises sont également lacunaires, car le monde des techniciens se mobilise peu sur ce sujet. Ensuite, les porte‑parole restent discrets : les associations de piétons sont rares, peu représentatives et souvent centrées sur les seniors.
La marche souffre aussi d’une faible conscience de classe : les piétons ne se reconnaissent pas dans un statut qui les amènerait à défendre ou promouvoir leur pratique. À cela s’ajoute le piège du syncrétisme de la « mobilité active », souvent réduite au seul cyclisme dans les représentations publiques. Enfin, plusieurs alliés potentiels ( les transports collectifs, le monde de la santé, les acteurs de la proximité ou de l’inclusion) demeurent hors champ, alors qu’ils pourraient jouer un rôle déterminant.
La marche comme enjeu de mobilité inclusive majeur
La marche est pourtant un outil d’inclusion majeur. Elle est gratuite, améliore l’accessibilité, renforce les interactions sociales et contribue au bien‑être. Elle permettrait de construire une politique de mobilité réellement accessible à tous, quels que soient l’âge, les revenus ou le territoire.
Dans de nombreuses villes apaisées (Paris, Lyon, Bordeaux) les politiques placent le piéton au centre, mais principalement en tant qu’usager de l’espace public.
L’exemple des rues aux écoles est emblématique : on aménage les abords immédiats, mais on s’intéresse peu aux itinéraires qui y mènent, pourtant essentiels pour encourager la marche au quotidien.
Ainsi, la marche n’est donc pas encore pleinement reconnue comme un mode de déplacement à part entière.
Ressources utiles :
- Les Webinaire Tous Mobiles :
- Episode 20 : Mobilité solidaire et santé (janvier 2026)
- Episode 21 : Mobilité des enfants : une opportunité pour la mobilité solidaire ? (mai 2026)
- Les travaux du Walk21, organisation internationale dédiée à la promotion de la marche.




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