Trois questions à Pierre Taillant, ingénieur économiste à l’ADEME.

Le concept de «territoire à mobilité inclusive» a émergé durant les Assises nationales de la Mobilité. Comment se définit-il ? A quoi correspond-il ? A l’occasion des 5e Rencontres de la Mobilité inclusive qui se sont déroulées le 29 mai dernier, Pierre Taillant a précisé le périmètre de ce concept et le rôle que pourrait jouer le LMI dans la structuration de cette démarche. Décryptage.

Pierre Taillant

Que faut-il entendre par territoire à mobilité inclusive ?

Le terme « territoire à mobilité inclusive » est apparu, sans être réellement défini, au cours des débats de l’atelier « Mobilités plus solidaires » des Assises nationales de la mobilité qui se sont tenues fin 2017. Au sein du LMI, nous y avons vu l’opportunité de s’interroger sur ce que devrait être une démarche d’engagement volontaire pour structurer et rendre plus efficace la mise en œuvre d’actions de mobilité inclusive sur un territoire.

Quels seraient les ingrédients de ce territoire à mobilité inclusive ?

Il faut d’abord réunir et organiser le dialogue des acteurs des politiques de la mobilité, les territoires (collectivités territoriales, blocs communaux, AOM, employeurs), les offreurs de solutions (grands groupes, start-ups, associations), et ceux de l’action sociale et de l’emploi. Nous attendons de la future loi d’orientation des mobilités (LOM) qu’elle définisse un cadre d’actions pour améliorer la mobilité des publics fragiles. Nous travaillons au LMI sur des méthodologies pour structurer les possibilités ouvertes par la future loi, les évaluer, notamment au regard de leur impact social. Il faudra ensuite capitaliser les retours d’expériences et aider à généraliser les bonnes pratiques.

Vous dites que vous souhaitez poser un cadre pour structurer la démarche, quelles seraient les étapes Comment le Laboratoire pourrait-il se positionner sur cette question ?

Il faut d’abord définir le périmètre pertinent du territoire sur lequel on souhaite agir. Il est important de ne pas se limiter aux AOM (qui couvrent seulement 20% du territoire) et ouvrir plus largement à toutes les collectivités territoriales (blocs communaux) en considérant les sous-groupes territoriaux qui ont du sens : les zones urbaines, les QPV, les zones peu denses, les bassins d’emplois, bassins de vie, etc… Les parties prenantes doivent ensuite réaliser et s’approprier le diagnostic sur les besoins de mobilité spécifiques aux publics fragiles et les services déjà disponibles. Un ou deux champs d’action prioritaires seront identifiés, par exemple l’accès à l’emploi pour les jeunes ou l’accès à des services du quotidien pour des personnes âgées. Ces étapes doivent déboucher sur la définition d’un plan d’actions pluriannuel fixant des objectifs précis et les financements pour sécuriser dans le temps l’action des associations.
Dans ce cadre nous souhaitons positionner le LMI, centre d’expertise collective, comme un facilitateur et un animateur des actions et des innovations qui seront mises en œuvre dans les territoires pour la mobilité des publics fragiles. Nous avons également la volonté de faire progresser le volet évaluation (économique et environnementale) pour mesurer les coûts et les bénéfices des solutions déployées.