Trois questions à Olivier Paul-Dubois-Taine, président du Comité transport Société des ingénieurs et scientifiques de France.

Plutôt que de partir d’une solution de mobilité, le projet BMA s’inspire et part de la vie des gens, de leurs besoins quotidiens pour ensuite construire avec eux les solutions adaptées. Cette démarche originale dans sa méthode et sa philosophie a été présentée par Olivier Paul-Dubois-Taine lors des 5e Rencontres de la Mobilité inclusive qui se sont déroulées le 29 mai dernier. Décryptage.

Olivier Paul-Dubois-Taine

Pouvez-vous nous présenter la philosophie originale de cette démarche?

Engagé entre 2012 et 2016 avec un financement de l’ADEME (Investissements d’avenir) , le programme BMA représente quatre années d’expérimentations portant sur 19 sites consistant à partir de l’activité (l’entreprise, le commerce, l’université, le chantier de construction, la vie locale…) pour comprendre et agir sur la mobilité. Cette voie nouvelle d’investigation peut apparaitre simpliste, mais comporte deux avantages : le premier est d’inviter l’entreprise ou l’organisation à s’interroger sur ses modes de fonctionnement, ce qui peut la conduire à réduire drastiquement ses déplacements « non nécessaires » ; le second consiste à co-construire des réponses à partir des contraintes réelles des personnes dans la réalisations de leurs activités pour les tester à petite échelle, avant de déployer auprès d’autres personnes une solution reconnue acceptable.

Que faut-il retenir de ce projet ?

Ce que l’on peut retenir avant tout c’est bien la nécessité impérative de refonder la mobilité ! La mobilité est bien plus qu’une question de transport ou de déplacement : elle permet à chacun de réaliser des activités individuelles et collectives et d’accéder ou de bénéficier des services de la vie quotidienne qui y sont associés. Maîtriser les mobilités consiste à agir sur les contraintes qui pèsent sur les activités et qui se traduisent par des déplacements inutiles. Développer les mobilités au service des activités ouvre sur des leviers encore peu explorés : performance économique, qualité de vie, conditions de travail, nouveaux marchés, montée en compétence, relocalisation de services… Dans une situation d’urgence écologique et de panne de la finance publique, l’amélioration de la mobilité pourrait principalement résulter des transformations dans l’organisation des activités qui permettraient de limiter l’obligation de déplacements longs, fréquents et coûteux : Il est plus efficace d’agir sur les causes des contraintes de mobilité et pas seulement sur leurs conséquences !

La notion de responsabilité et d’intelligence collective est pour vous essentielle pouvez-vous nous expliquer ?

A partir du moment où la mobilité n’est plus seulement considérée comme une question technique et financière d’organisation des déplacements, mais principalement comme une question sociale d’organisation de nos activités quotidiennes, les réponses relèvent très directement de tous les acteurs territoriaux (commerce, santé, formation, production de biens et de services…) et donc de leur coopération et de leur intelligence collective pour adapter leurs organisations et leurs pratiques au bénéfice de tous : des entreprises, plus performantes, des clients ou des patients plus « proches », et un cadre de vie moins encombré par des déplacement non nécessaires. Ne faudrait-il dans la Loi d’orientation des mobilités, introduire un principe de responsabilité des acteurs économiques et sociaux pour concourir au développement et au bon usage des ressources de mobilité, en co-construisant, dans les territoires de vie de proximité, des solutions adaptées aux besoins des différentes populations tout en anticipant leurs évolutions ?